Vampyria : la cour des Ténèbres, Victor Dixen

Une réécriture d’un mythe souvent exploité
Le vampire est une figure fascinante, dont on ne compte plus les exploitations. Nombreux sont les auteurs et autrices qui ont revisité ce mythe qui perdure à travers les siècles et les civilisations, tels que Sheridan Le Fanu (Carmilla, 1872), Bram Stocker (Dracula, 1897), Anne Rice (Les chroniques des vampires dont l’incontournable Entretien avec un vampire, 1976), Stephenie Meyer (Twilight, 2005) ou encore, plus récemment, Andy Davidson (Dans la vallée du soleil, 2017*). Si les descriptions de vampires évoluent d’un pays à l’autre, d’une époque à une autre ou tout simplement d’un auteur à un autre, les traits généraux de cette créature, aussi fascinante que terrifiante, restent les mêmes : elle se nourrit du sang des vivants dès la tombée de la nuit ce qui lui permet d’être immortelle ou plutôt de ne pas être soumise à la vieillesse. Ainsi, il est difficile d’éviter les poncifs du genre, mais on ne se lasse pas de redécouvrir cette créature légendaire lorsque le résultat se révèle de qualité. Victor Dixen réussit-il son pari de nous proposer une réécriture d’un mythe déjà exploité à de maintes reprises ?

Un fil rouge original
1715. Louis XIV est sur le point de mourir, mais il est transmuté en vampyre et devient le Roy des Ténèbres. Plusieurs siècles plus tard, il règne toujours en despote absolu sur la Magna Vampyria : une coalition qui s’étend sur une bonne partie de ce que nous connaissons sous l’appellation d’Union Européenne. La Magna Vampyria semble ainsi à jamais figée dans un âge sombre, stoppant le progrès et imposant au peuple un régime de terreur. Les roturiers, en plus de payer leurs impôts par des saignées mensuelles, se voient imposer un couvre-feu dès la tombée de la nuit et bien d’autres joyeusetés que vous pourrez découvrir en lisant cette uchronie.
Trois siècles plus tard, Jeanne est brutalement arrachée à sa famille de roturiers lorsque celle-ci se fait décimer sous ses yeux. Usurpant l’identité d’une jeune noble, Jeanne devient Diane. Elle est ainsi la nouvelle pupille du Roy et intègre la Grande Ecole, une école formant les nobles avant leur entrée à la Cour. Mais Jeanne/Diane est bien décidée à venger sa famille et redouble d’ardeur pour maîtriser les cinq nobles arts pour avoir le privilège de gagner sa place dans la garde rapprochée du Roy des Ténèbres. Afin de parvenir à ses fins, la jeune femme n’hésite pas à recourir à la trahison et à la manipulation. Cependant, ses camarades connaissent bien mieux qu’elle les usages de la Cour et en pratiquent les intrigues depuis bien plus longtemps qu’elle. Jeanne saura-t-elle duper ceux qui l’entourent ? Ne risque-t-elle pas de se faire prendre à son propre jeu ?

Louis XIV, une figure plus écrasante que jamais
Avec Vampyria : La cour des Ténèbres, premier tome d’une nouvelle série, Victor Dixen nous propose une réécriture du mythe du vampire et de l’Histoire de France. Le résultat est original et passionnant car l’auteur s’approprie et réinvente une figure littéraire dont on pourrait croire qu’il n’y a plus grand chose à extraire. Sa nouvelle incarnation du vampire est à l’image de cette créature qui n’a de cesse de renaître de ses cendres. Les origines des vampyres, l’extension de leur espèce et la dictature sanguinaire exercée par un Louis XIV plus redoutable que jamais sont aussi surprenantes que passionnantes. L’auteur nous propose son propre mythe.
Victor Dixen nous invite aussi à redécouvrir Versailles en nous proposant un temps qui semble s’être figé au début du XVIIIème siècle. La vie à la cour est d’autant plus cruelle que le règne, éternel, de Louis XIV est jalonné de sang. L’aristocratie est bien décidée à garder sa place et sa puissance, alors que la noblesse de province espère gagner sa transmutation – merci le numerus clausus qui contrôle la population des vampires – et veille à ce que les roturiers donnent leur précieux sang chaque mois. Le Roy des Ténèbres exerce ainsi son joug de sang, engluant à minima la Magna Vampyria dans un obscurantisme sans fin.

Un premier tome ambitieux
Les premières pages de La cour des Ténèbres ne laissent que peu de doute quant à ce qui nous attend dans ce premier tome, voire dans cette série : du sang, de l’action et des complots. Le tout s’enchaîne à un rythme effréné qui ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. En usurpant l’identité d’une jeune noble, Jeanne est propulsée dans un monde qu’elle ne connaît pas qui lui fait entrevoir la possibilité d’une vengeance. Evoluant au cours de ses apprentissages et de ses rencontres, l’adolescente, comme d’autres personnages, n’est malheureusement pas toujours convaincante sur le plan psychologique. Cela se ressent notamment dans les dernières pages où les retournements de situation se solutionnent un peu trop vite au point que certains choix frisent le grotesque.
Néanmoins, Victor Dixen ne peut que mordre notre curiosité grâce à l’originalité de ses vampyres et de son uchronie, d’autant qu’il semble poser les bases d’un univers encore plus riche. L’intrigue a beau se dérouler principalement en France et plus précisément à Versailles, au terme de La Cour des Ténèbres, l’auteur semble nous promettre un voyage à travers la Magna Vampyria et, peut-être, la visite de ses sous-sols, à la rencontre de son mystérieux personnage qui s’y terre.

Avec La cour des Ténèbres, Victor Dixen signe le premier tome d’une uchronie baroque et sanglante. Cette mise en bouche n’est certes pas exempte de défauts, mais elle saura piquer la curiosité de bien des lecteurs car le résultat est aussi riche que passionnant !


Vampyria : la cour des Ténèbres, Victor Dixen,
Editions Robert Laffont (Collection R),
15 octobre 2020
496 pages
16,00€

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